Le Nobel de l'Économie Jean Tirole a exhorté la France à "investir dans l'économie de la connaissance" pour que le pays "tienne sa place dans le monde de la recherche", alors que la communauté scientifique conteste des coupes budgétaires du gouvernement.
"Nous avons des talents mais il faut les garder en France et en attirer d'autres", a-t-il déclaré à l'AFP, interrogé sur le virulent plaidoyer de huit de ses homologues contre les coupes budgétaires prévues dans la recherche française.
"Aujourd'hui, il faut investir dans l'économie de la connaissance, faire en sorte que la France tienne sa place dans le monde de la recherche (...), générer de la recherche de poids dans les universités et autour, des entreprises qui vont créer de l'emploi, sinon la France s'appauvrira", a-t-il lui-même plaidé, sans toutefois se prononcer sur les coupes prévues.
Sept prix Nobel français et un lauréat de la Médaille Fields, l'équivalent du Nobel pour les mathématiques, ont récemment dénoncé un "suicide scientifique et industriel" avec la décision du gouvernement de procéder à d'importantes annulations de crédits pour la recherche.
Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, et son secrétaire d'État Thierry Mandon, ont assuré que ces annulations "n'auront aucun impact sur l'activité des organismes de recherche".
Pourtant, les Nobel ont parlé d'un "coup de massue" qui vient "confirmer" que la recherche française "est menacée de décrochage vis-à-vis de ses principaux concurrents dans l'espace mondialisé et hautement compétitif de la recherche scientifique."
"Il faut investir dans la recherche et l'université", a abondé M. Tirole. "L'université française est le parent pauvre", a déploré le prix Nobel de l'Economie 2014: "La France est entièrement tournée vers les grandes écoles. [...] C'est un système complètement dual, un système à deux vitesses qui n'est pas très efficace".
Il a regretté également qu'en France, la spécialisation intervienne très tôt. "A 15 ans, un certain nombre de portes sont déjà fermées; on n'oriente pas forcément vers des métiers qui ont un avenir, et on investit insuffisamment dans l'apprentissage", a ajouté l'auteur de "Économie du bien commun", paru en mai aux PUF.
La communauté scientifique est en émoi en raison d'un projet de décret annulant notamment 256 millions d'euros de la Mission interministérielle recherche et enseignement supérieur (Mires) dont 134 millions d'euros concernent les subventions allouées aux organismes de recherche.
Le CEA est mis à contribution à hauteur de 64 millions d'euros, le CNRS de 50 millions, l'Inria et l'Inra de 10 millions chacun.