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Coup d'envoi de la réforme des retraites, test social pour Macron

Publié le 10/01/2023 08:08
Mis à jour le 10/01/2023 10:45
© Reuters. Photo de la Première ministre française Elisabeth Borne. /Photo prise 12 décembre 2022 à Paris, France/REUTERS/Gonzalo Fuentes

par Caroline Pailliez

PARIS (Reuters) - La Première ministre Elisabeth Borne présente mardi une nouvelle réforme des retraites, un projet hautement sensible qui prévoit un décalage de l'âge légal de départ afin de rétablir les finances du régime sur le long terme, malgré des sondages d'opinion défavorables et un front syndical uni.

Elisabeth Borne devrait annoncer un report de l'âge légal de 62 à 64 ans, à raison de trois mois supplémentaires par année, selon plusieurs médias qui citent des sources concordantes.

Le président Emmanuel Macron aurait, selon ces sources, décidé d'écarter la piste d'un décalage de l'âge légal à 65 ans, comme il l'avait promis lors de la campagne présidentielle.

A ce report d'âge s'ajouterait une accélération de la mise en oeuvre de la loi de 2014 qui prévoit l'allongement de la durée de cotisation de 42 à 43 ans pour obtenir une retraite à taux plein.

Pour l'exécutif, cette réforme doit permettre de préserver le régime sur le long terme, alors que son déficit pourrait atteindre 13,5 milliards d'euros en 2030, puis 43,9 milliards en 2050, selon le ministère du Travail.

Un report de l'âge légal de deux ans et un allongement de la durée de cotisation permettraient de générer 17,7 milliards d'euros en recettes supplémentaires, ce qui ramènerait le solde du régime dans le vert, à un peu moins de 5 milliards d'euros environ en 2030, selon des estimations du ministère du travail.

Cela permettrait au gouvernement de dégager des marges de manoeuvre pour financer des mesures sur la compensation de l'usure du travail, l'emploi des seniors ou pour augmenter les petites retraites.

La réforme sera présentée en conseil des ministres le 23 janvier, avant un examen à l'Assemblée début février.

CONCESSIONS

Privé de majorité absolue au Palais-Bourbon, le camp présidentiel a oeuvré pour convaincre les conservateurs, et en particulier Les Républicains (LR), du bien-fondé de son projet.

Ces derniers, qui disposent d'une soixantaine de députés à la chambre basse et contrôlent la majorité sénatoriale, doivent se réunir mardi en séminaire pour décider de la conduite à tenir sur le vote du projet.

Le président du parti, Eric Ciotti, qui a rencontré Elisabeth Borne jeudi dernier, a déjà fait connaître ses conditions.

Dans Le Journal du Dimanche, il dit souhaiter que la réforme s'étale sur deux quinquennats avec un âge légal porté à 64 ans en 2032, une étape intermédiaire à 63 ans en 2027 et une clause de revoyure à cette échéance.

Il souhaite également une bonification significative des pensions pour tous les retraités, une mesure qui pourrait s'avérer très coûteuse. L'exécutif a pour l'instant promis de garantir un minimum de pension à 1.200 euros, soit 85% du smic, aux futurs retraités prétendant à une carrière complète.

La présidente du groupe Renaissance à l'Assemblée nationale, Aurore Bergé, a dit sur France inter lundi que la majorité présidentielle était favorable à un élargissement de cette mesure, ce qui porterait son coût total à 2,7 milliards d'euros.

La Première ministre a rencontré également lundi les responsables du groupe centriste Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires (LIOT), qui compte vingt députés.

La réaction des salariés, et leur degré de mobilisation contre cette réforme majoritairement rejetée selon les sondages d'opinion, reste la grande inconnue pour les semaines qui viennent.

Les syndicats sont pour l'instant unis dans leur opposition à ce projet jugé trop brutal. Ils estiment que les finances du régime, selon eux contrôlées, ne justifient pas une réforme d'une telle ampleur. Ils sont convenus de se réunir mardi soir pour annoncer d'éventuels mouvements unitaires.

Les partis de gauche et d'extrême-droite, également fermement opposés au projet, ont promis d'alimenter la contestation. La France insoumise a déjà appelé à une grande manifestation le 21 janvier, aux côtés d'organisations de jeunesse.

LE SPECTRE DE 1995

La dernière réforme des retraites en date, en 2010 sous Nicolas Sarkozy, qui repoussait l'âge légal de départ de 60 à 62 ans, avait entraîné une mobilisation massive dans la rue. La réforme avait néanmoins été adoptée en l'état.

Ce tour de force pourrait être difficile à reproduire aujourd'hui, selon l'ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy et président d'Alixio, Raymond Soubie.

"Il y a toute une série d’irritants qu’il n’y avait pas en 2010 : la hausse des prix, les grèves à Noël. Pour les petits patrons, ce sont les prix de l’énergie", dit-il à Reuters.  

"On est quand même sur un terrain mouvant, sensible, et potentiellement explosif. Ce n’est pas tant la réforme des retraites qui peut être prise d’assaut, ça peut être un détonateur pour le reste. C’est pour ça que le gouvernement est prudent", ajoute-t-il.

"Ce ne sont pas les grèves de 2019 qui se préparent, ce sont celles de 1995", estime pour sa part un artisan de la réforme du régime universel à points, premier projet porté par Emmanuel Macron, mais laissé de côté en 2020 face à la contestation sociale et la crise sanitaire.

Les grèves massives de 1995 contre le projet de réforme des régimes spéciaux avaient paralysé le pays pendant trois semaines, forçant le gouvernement d'Alain Juppé à reculer.

© Reuters. Photo de la Première ministre française Elisabeth Borne. /Photo prise 12 décembre 2022 à Paris, France/REUTERS/Gonzalo Fuentes

Cet ancien membre du gouvernement mise néanmoins sur l'adoption du projet, surtout si l'exécutif a recours à un véhicule législatif souple comme un projet de loi de financement rectificative de la Sécurité sociale, piste privilégiée par le gouvernement.

Ce type de texte permet de limiter les débats dans le temps puisque le Parlement doit se prononcer dans un délai de 50 jours. Et si les discussions avec Les Républicains achoppaient, le gouvernement pourrait recourir à l'article 49.3 de la Constitution pour se passer de vote autant de fois qu'il le souhaiterait.

(Caroline Pailliez)

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