Compagnie pétrolière la plus endettée au monde (plus de 100 milliards de dollars), Petróleos Mexicanos aurait fait face à une crise de liquidités il y a quelques semaines, poussant le gouvernement à mettre la main au portefeuille, dans le cadre d'une échéance de deux milliards de dollars tombant en janvier.
Ce ne serait pas la première fois que le gouvernement dirigé par le Président Andrés Manuel López Obrador, un nationaliste de l’énergie, vole au secours de la société d’hydrocarbures, qu'il juge cruciale pour la souveraineté nationale.
Dernièrement, le ministère de l'Énergie a par ailleurs imposé de nouvelles règles sur le carburant importé, dont les permis seront réduits à cinq ans contre vingt ans précédemment.
Si d’aucuns considèrent les soutiens du gouvernement comme une garantie d’Etat explicite, Obrador a clairement indiqué qu'il ferait n'importe quoi pour sauver l’entreprise considérée comme un moteur du développement national.
En difficultés ces dernières années, Pemex a été touchée de plein fouet par la chute des produits pétroliers durant une bonne partie de l’année 2020, sur fond de crise sanitaire.
Alléger la charge fiscale
De l’avis des analystes, il serait nécessaire de réformer et d'alléger la charge fiscale qui pèse sur les épaules de la plus grande entreprise du Mexique. La plupart de ses bénéfices sont en effet retournés à l’Etat sous forme d'impôts, laissant trop peu de place à l’investissement et à la relance de la production, en forçant de surcroit le groupe pétrolier à recourir à l’endettement pour financer ses dépenses.
La contribution de Pemex aux caisses publiques a certes été réduite à 65% il y a deux ans, 58% l’année passée et devrait tomber à 54% cette année. Ce ne serait toutefois suffisant. Sortant de plusieurs années de pertes cinglantes (plusieurs dizaines de milliards de dollars), "le trou financier devient de plus en plus béant", estime Simon Waever, stratège chez Morgan Stanley (NYSE:MS).
"La production pétrolière ne rebondit pas et le gouvernement ne dispose pas des revenus nécessaires pour y faire face. À moins qu'ils aient de la chance et que la production ne reprenne, ils devront envisager d'autres moyens. Une réforme fiscale plus large est la solution la plus réaliste".
Autrefois vache à lait de l’Etat, on notera que Pemex n’a financé que 11% du budget national de l’Etat l’année passée, soit quatre fois moins qu’en 2008. Et ce alors que les ressources du gouvernement sont fortement sollicitées, déjà bien avant que la pandémie ne pousse l’économie mexicaine dans sa pire récession depuis un siècle.
3,86% de rendement en euro
On notera que malgré le récent coup de pouce de l’Etat, qui a permis à Petroleos Mexicanos de lever 4,8 milliards de dollars, la firme d’hydrocarbures devra probablement encore émettre entre six et dix milliards de dettes cette année selon les diverses estimations.
Le cas échéant, une émission obligataire se déroulerait probablement dans de bonnes conditions, les obligations Pemex traitées sur le secondaire affichant un rendement attractif sans toutefois être trop exorbitants que pour effrayer les investisseurs.
Le rendement annuel à l’échéance de son obligation en euro arrivant à échéance en 2027 se situant sous les 4%, contre plus de 6% en novembre dernier.