Les perspectives économiques européennes semblent s’assombrir de plus en plus, et cette semaine aura fourni encore plusieurs indices renforçant ces craintes.
La réunion de la BCE de jeudi a à ce sujet surpris par sa tonalité dovish. Le président de la BCE Mario Draghi a en effet estimé qu’en ce qui concerne l’économie, « la balance des risques se déplace à la baisse ».
La Banque Centrale a en conséquence abaissé ses prévisions de croissance pour 2018 et 2019, citant des risques tels que le protectionnisme, la volatilité des marchés financiers, ou les incertitudes politiques.
Ces inquiétudes de la BCE, qui avaient déjà été prises au sérieux par le marché hier, comme en a témoigné la baisse de l’Euro-Dollar, ont pris un tout autre sens aujourd’hui, en ayant été confirmées par des indices PMI européens décevants.
Que ce soit pour la France, l’Allemagne ou la Zone Euro, les indices PMI manufacturiers et des services sont ressortis sous le consensus pour le mois de décembre, sur des creux de plusieurs années.
Notons qu’une mention spéciale revient à la France, avec un PMI des services à 49.6 points, au plus bas depuis avril 2016, alors que le consensus anticipait 54.8 points, des résultats très fortement décevants qui sont sans doute en grande partie liés à la crise de gilets jaunes.
Justement, à propos de la France, les mesures annoncées par le président Macron lundi pourraient causer quelques problèmes, en aggravant la situation budgétaire de la France, déjà très fragile.
Delà, il n’y a qu’un pas avant d’imaginer la France se retrouver dans un cas similaire à celui de l’Italie, avec des dérapages budgétaires qui pourraient entrainer l’UE à menacer également la France de sanctions.
Quelles conséquences pour la politique de la BCE et l’évolution de l’EUR/USD ?
La croissance ralentit dans la zone euro, et la plupart des indices tendent à laisser penser que cette tendance va se poursuivre.
Pour l’instant, la BCE continue à déclarer qu’elle maintiendra ses taux au plus bas « jusqu’à après l’été 2019 », ce que le marché interprète en estimant que la BCE procèdera à la première remontée de son taux directeur en septembre-décembre 2019.
Cependant, si le ralentissement de la croissance dans la zone euro persiste, la BCE pourrait changer ses plans, et l’indiquer au marché en modifiant son langage et ses indications au sujet du timing de la première hausse des taux, et ce potentiellement dès sa prochaine réunion.
D’ailleurs, on notera que l’agence de notation Fitch Rating a publié une analyse au début de la semaine, dans laquelle elle estime que la BCE ne remontera pas ses taux avant 2020.
Dans ce cas, il faudrait s’attendre à des conséquences fortement baissières pour l’EUR/USD.
L’écart de taux (et les anticipations concernant cet écart) entre la Fed et la BCE est en effet un des facteurs les plus fondamentaux qui influencent la paire EUR/USD à long terme, et si le marché anticipe que la BCE va repousser plus que prévu la première hausse des taux, l’Euro-Dollar devrait être sanctionné.
Cependant, la situation économique se dégrade également aux Etats-Unis, et si la Fed décide dans cette situation de ralentir ses hausses de taux en 2019, l’impact d’une BCE qui repousse sa première hausse de taux plus que prévu pourrait se révéler au final limité sur EUR/USD.