Publié à l'origine sur la Bourse au quotidien.fr
Wall Street enchaîne les records annuels, avec un Nasdaq qui a refranchi les 7 900 points et un S&P500 qui a aligné hier une quatrième séance consécutive de hausse (pour finir à 2% seulement de son record absolu de 2 944 points inscrit le 3 octobre dernier). Le VIX qui lui est associé gravite pour sa part autour de 13,5, ce qui traduit un appétit pour le risque équivalent à celui qui prévalait début octobre dernier.
Quelque peu abasourdis, la plupart des observateurs ne trouvent plus qu’une explication à la persistance de ce rally haussier : le « put FED » et la baisse de 50 points des taux désormais sérieusement envisagée par pléthore d’économistes pour le second semestre 2019.
Moyennant quoi, les suiveurs se retrouvent contraints de payer, avec l’impératif de recoller au « benchmark » et en optant pour le « full risk on », c’est-à-dire acheter ce qui présente la plus forte vélocité à la hausse.
Pour en revenir au Nasdaq, c’est une fois de plus le secteur des semi-conducteurs qui lui a permis de poursuivre sa bonne dynamique. L’indice « SOXX » gagnait en effet 2,5% mercredi soir, soit une progression de 29% depuis le 1er janvier et de 38% depuis le 27 décembre. Vertigineux !
AMD affole les compteurs
Mais s’il y a une valeur du Nasdaq et du S&P500 qui symbolise l’emballement haussier des investisseurs – ou des algorithmes qui les suppléent – pour le secteur de la « tech », c’est bien AMD. Le titre du fabricant américain de semi-conducteurs, microprocesseurs et autres cartes graphiques a en effet grimpé de 10% hier, de 25% sur un mois, de 60% depuis le 1er janvier et de 85% depuis son plancher du 24 décembre 2018 (juste au-dessus des 16 $).
Résultat des courses : le voici au plus haut depuis le 28 septembre… et tout près d’un doublement de cours (l’action cotait 32,6 $ à la clôture le 25 septembre) pour retracer son zénith absolu des 33,15 $ au « fixing » d’ouverture des 13 et 25 septembre derniers.
Nous renonçons à faire l’inventaire des facteurs connus pouvant faire office de perturbateurs puisque tout est dans les cours. Il faudrait en fait un véritable « cygne noir » et on peut légitimement penser qu’il ne barbote pas dans le marécage politique au sein duquel se débat déjà Theresa May.
Un Brexit sans accord reste possible
Il serait néanmoins bien présomptueux d’exclure toute mauvaise surprise à huit jours de la nouvelle date couperet. Car les événements se précipitent, la Première ministre ayant entamé hier des négociations avec Jeremy Corbyn, le leader travailliste, pour concevoir un projet de Brexit qui inclurait cette fois une union douanière avec l’Union Européenne (UE) étendue, mais aussi une rupture avec le principe de libre-circulation des personnes auquel elle reste attachée (ce qui fait deux grosses couleuvres à avaler).
Cette double concession ulcère une partie des « Brexiters » du parti conservateur au pouvoir et les démissions se succèdent au sein d’un gouvernement de Theresa May (trois rien qu’hier) au bord de l’apoplexie. A court terme, la Première ministre pourrait aussi s’exposer à une motion de défiance qui, si elle devait aboutir, aurait de graves conséquences. Elle priverait en effet le Royaume-Uni de gouvernement et donc d’une autorité légale pour piloter le processus de sortie de l’UE… lequel serait alors repoussé au calendes grecques !
Dans l’immédiat, du côté de Bruxelles, des voix s’élèvent pour rappeler qu’un Brexit en mode « no deal » reste possible, voire probable, et que les marchés n’y sont pas préparés.
En réalité, ces derniers ne sont préparés à rien… et n’entendent rien. Les échos du monde réel sont couverts par le bruit des planches à billet, dont les banques centrales sont en train d’huiler les rouages avant de les alimenter en papier monnaie.