Si Russian Railways (RZD), la société nationale russe des chemins de fer, est présente sur le marché obligataire avec des emprunts en dollar, une partie significative de sa dette est également libellée en rouble.
La compagnie ferroviaire, entièrement aux mains de l’État, a notamment placé, via sa structure RZD Capital, un emprunt échéant en avril 2019 et portant un coupon de 8,3%. Libellée par coupures de 5 millions de roubles (+/- 80.000 euros au cours actuel), cette obligation peut être achetée à 99,75% du nominal, correspondant à un rendement de 8,4%.
Le rating de cette émission senior non sécurisée relève de la catégorie investissement, comme l’indique sa note « BBB- » chez Standard & Poor’s.
Acteur stratégique sur les trajets Asie-Europe
Né de la privatisation des chemins de fer russes, Russian Railways est l'un des poids lourds de l’économie moscovite à travers ses activités de transport de personnes, de marchandises, la fourniture de matériel roulant (locomotives…) ou encore le développement et l’entretien d’infrastructures.
Mais il opère également au-delà de ses frontières, en Corée du Nord par exemple, tout en s'occupant également de projets d'infrastructures au Vietnam, en Équateur, au Brésil, en Inde…
Plus particulièrement, Russian Railways souhaite aussi devenir un acteur stratégique de la chaîne d’approvisionnement logistique, en développant le transport ferroviaire et intermodal de marchandises sur les trajets Asie-Europe, et concurrencer le fret maritime sur cette zone.
Son chiffre d’affaires a atteint 1.991 milliards de roubles en 2015 (+/- 32 milliards d’euros) et son bénéfice a été porté à 8 milliards (127 millions). Ses derniers résultats semestriels peuvent être consultés à la rubrique « Investisseurs » de son site internet.
Risque de change
Outre le risque lié à l’émetteur, l’investisseur doit tenir compte de l’évolution de la devise d’émission: le rouble.
La monnaie russe a signé un retour gagnant en 2016 sur le marché des changes, progressant de plus de 25% face à l’euro et de plus de 19% face au dollar, après deux années de fortes baisses sur fond de dégringolade des cours du pétrole et de sanctions occidentales dues à la crise ukrainienne.
Le rouble a principalement pu compter sur la remontée des prix du baril, après l’accord trouvé entre les principaux pays producteurs pour réduire l’offre mondiale de brut.
En ce début d’année, la Russie semble garder la cote auprès des investisseurs puisque le pays se hisse en tête des placements jugés les plus attrayants parmi les pays émergents, selon Bloomberg.
'Pour les investisseurs qui empruntent dans des devises à faible taux d’intérêt et qui placent le montant ainsi obtenu sur des monnaies offrant des rendements élevés, le rouble est un must', peut-on lire dans un article de Bloomberg qui cite UBS.
Le broker suisse estime qu’une telle opération, appelée « carry trade » dans le jargon, offre un return potentiel de 26% à un horizon de 12 mois, le rendement le plus important parmi les devises de la zone EMEA (Europe, Moyen-Orient et Afrique).
Au-delà du niveau de ses taux d’intérêt, Moscou bénéficierait d’un autre atout: la remontée des prix du pétrole. 'Cela contribue à l’idée que le marché russe est un candidat évident (pour 2017)', ajoute le gestionnaire d'actifs NN Investment Partners.