par Elizabeth Pineau et Michel Rose
PARIS (Reuters) - Au-delà d'un programme nourri égréné entre Paris et Bordeaux, la visite d'Etat du roi Charles III de cette semaine en France sera l'occasion de poursuivre avec Emmanuel Macron un dialogue entamé avant l'accession au trône du souverain féru de nature et d'architecture.
Lorsque les flammes ont détruit la flèche de la cathédrale Notre-Dame en 2019, celui qui était encore prince avait été bouleversé au point d'avouer dans une lettre au président français avoir eu le coeur "complètement brisé" par ce drame.
Plus tard, Charles a donné à Emmanuel Macron quelques conseils pour mener à bien les travaux de la cathédrale, symbole universel de la chrétienté, partageant avec le président l'expérience de la restauration minutieuse du château de Windsor, ravagé par les flammes en 1992.
Jeudi sur l'île de la Cité, les deux hommes visiteront ensemble le chantier de Notre-Dame à l'occasion de la première visite en France du roi depuis son couronnement, à un peu plus d'un an de la date prévue de la réouverture au culte de l'édifice dont la flèche est sur le point de retrouver sa place.
La visite du roi Charles et de la reine Camilla, qui commencera mercredi à Paris pour se terminer vendredi dans le bordelais, s'inscrit dans un processus de réchauffement des relations entre le royaume et la France après les années chaotiques post-Brexit.
Elle intervient quelques mois après la venue à Paris, en mars, du Premier ministre Rishi Sunak qui s'est employé avec un certain succès à clore un chapitre franco-britannique houleux marqué par des commentaires au vitriol de Boris Johnson sur le Brexit et l'affaire des sous-marins australiens.
Des deux côtés de la Manche, les proches du roi de 74 ans et du président de 45 ans s'entendent pour dire que les deux hommes ont établi une relation "chaleureuse" entamée bien avant le décès d'Elizabeth II, en septembre 2022, et dont la défense de l'environnement constitue l'un des piliers.
"ARTISAN DE L'AMITIÉ" FRANCO-BRITANNIQUE
Illustration en a été faite lors de la COP de 2021 à Glasgow, où Charles et Emmanuel Macron ont travaillé main dans la main pour lever des fonds en faveur du projet de "Grande Muraille Verte", bande forestière de 8.000 km de long de l'ouest à l'est de l'Afrique.
Charles a convaincu le PDG d'Amazon (NASDAQ:AMZN), Jeff Bezos, de débourser un milliard de dollars pour cet ambitieux programme destiné à lutter contre la désertification.
"C'est le prince Charles qui a fait venir Bezos", a confié Emmanuel Macron à Reuters juste avant de quitter l'Ecosse pour Paris. "Le prince est très investi sur les questions écologiques depuis très longtemps et c'est un formidable artisan de l'amitié entre la France et le Royaume-Uni".
Le projet de Grande muraille verte, "ce ne sont pas des éléphants blancs", a-t-il ajouté pour marquer sa foi dans ce projet de développement d'une région du monde dont la fragilité s'est accentuée depuis lors, avec une série de coups d'Etat au Mali, au Burkina Faso, au Niger et Gabon.
La situation au Sahel, ainsi que la guerre en Ukraine, sont au menu des discussions entre le président et le roi, qui sera reçu à l'Elysée et prendra la parole jeudi matin au Sénat.
Francophone, comme Elizabeth II avant lui, le roi Charles se placera dans les pas de sa mère, qui est venue en France à 13 reprises selon le palais de Buckingham.
Le souverain s'exprimera devant les 150 à 180 invités du dîner de mercredi au château de Versailles, là même où feue Elizabeth II avait fait étape lors d'une visite d'Etat en 1972.
Le programme royal comprend une cérémonie à l'Arc de Triomphe suivie d'une descente en automobile de l'avenue des Champs-Elysées, une rencontre avec des participants à la Coupe de rugby en cours en France et une visite au Château Smith Haut Lafitte, vignoble proche de Bordeaux.
Des moyens de sécurité importants ont été déployés pour ce voyage de trois jours, qui avait été reporté au printemps en raison des troubles liés à la réforme des retraites, et qui précède la venue du pape François à Marseille en fin de semaine.
(Reportage Elizabeth Pineau et Michel Rose, avec la contribution de Michael Holden, édité par Blandine Hénault)