Presse: le patron d'Amazon met la main sur le Washington Post

Publié le 06/08/2013 06:55
Mis à jour le 06/08/2013 07:10

Le patron du magasin en ligne Amazon s'offre le Washington Post, marquant le virage de la presse vers le numérique et la fin d'une dynastie à la tête du prestigieux quotidien américain à l'origine du Watergate.

Le groupe Washington Post a annoncé lundi la cession pour 250 millions de dollars à Jeff Bezos de plusieurs de ses journaux, dont le quotidien qui s'était illustré en révélant le scandale ayant conduit à la démission du président Richard Nixon dans les années 1970.

Le journal était détenu depuis quatre générations par la même famille, les Graham, descendants du financier Eugene Meyer qui l'avait acquis en 1933.

"Des années de difficultés familières au secteur des journaux nous ont incités à nous demander s'il pourrait y avoir un autre propriétaire qui soit meilleur pour le Post", a expliqué Donald Graham, PDG du groupe, dans le communiqué annonçant l'opération.

A l'image de l'ensemble du secteur de la presse, le Washington Post est confronté à une érosion de ses revenus alors que les lecteurs se tournent de plus en plus vers des contenus gratuits sur internet.

"Nos revenus baissent depuis sept ans", a insisté M. Graham dans une lettre aux salariés. "Nous étions certains que le journal survivrait en notre possession, mais nous voulions plus. Nous voulions qu'il ait du succès".

Il a expliqué que Jeff Bezos, qu'il connaît depuis plusieurs années, était un candidat particulièrement bon en raison de son "génie prouvé (...) dans la technologie et les affaires".

La nièce de M. Graham, Katharine Weymouth, a elle aussi reconnu dans un message séparé que la décision de vendre avait été prise "avec un coeur lourd", mais représentait "une chance unique et extraordinaire" pour le journal.

Des changements mais pas dans les valeurs

Jeff Bezos est à 49 ans à la tête de la 19e fortune mondiale, estimée à 25,2 milliards de dollars en mars, selon le dernier classement du magazine Forbes en la matière.

Son succès découle en grande partie de la création d'Amazon, dont il est toujours le patron. Il n'a de cesse d'étendre le groupe à toutes sortes d'activités, investissant dans des secteurs qu'il juge porteurs à long terme, au détriment souvent des bénéfices du groupe. Cette stratégie, saluée par les investisseurs, a largement contribué à bouleverser plusieurs secteurs ces dernières années, de la vente de livres à celle de contenus numériques.

Ce n'est pas Amazon, mais Jeff Bezos en son nom propre, qui rachète le Washington Post.

"Il y aura bien sûr des changements au Post dans les prochaines années" afin de l'adapter aux bouleversements créés par internet, a-t-il indiqué, prévenant: "nous aurons besoin d'inventer, ce qui signifie que nous aurons besoin d'expérimenter".

Il a toutefois assuré qu'il "comprenait le rôle crucial" que le Post joue à Washington et dans tout le pays, soulignant que "les valeurs du Post ne changeront pas".

Il a précisé qu'il ne comptait pas s'occuper au jour le jour du quotidien. "Le Post a déjà une excellente équipe de direction qui connaît beaucoup mieux que moi le secteur des médias" et qui va rester en place. Katharine Weymouth doit notamment conserver son poste.

Outre le Washington Post, Jeff Bezos rachète une série d'autres journaux du groupe familial, qui compte changer de nom. Des publications comme Foreign Policy et Slate magazine, ainsi que d'autres actifs comme le siège du groupe, ne font en revanche pas partie de la transaction.

L'analyste des médias Jeff Jarvis a estimé que cet achat pouvait être considéré comme une action philanthropique par M. Bezos, mais qu'il apportait en même temps une occasion pour le journal de se relancer.

"J'espère et je prie pour que ce qu'il apporte réellement soit son esprit d'entreprise, son innovation, son expérience et son regard neuf, lui permettant de réinventer le journalisme comme une entreprise", a écrit M. Jarvis dans un billet sur un blog.

L'opération est la troisième annonce en trois jours d'un changement de propriétaire pour un titre phare de la presse américaine.

Le groupe de médias en ligne IBT Media avait déjà annoncé samedi le rachat du magazine Newsweek pour un montant non communiqué. Le même jour, le New York Times avait annoncé la cession à perte (70 millions de dollars contre 1,1 milliard de dollars payés en 1993) du Boston Globe au principal actionnaire du club de baseball de la ville, les Red Sox, John Henry. Un prix bradé qui symbolise à lui seul la crise traversée par la presse américaine traditionnelle.

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