par Nqobile Dludla et Alexander Winning
JOHANNESBURG (Reuters) -Après une semaine de violences, d'incendies criminels et de pillages qui ont provoqué la destruction de centaines de commerces et fait au moins 117 morts, le calme semblait revenu jeudi en Afrique du Sud alors que le gouvernement a décidé de doubler, à 10.000, le nombre de soldats déployés dans le pays.
Il demeurait cependant des poches de troubles, principalement dans la ville portuaire de Durban, où les pillages se poursuivaient et les tensions raciales s'exacerbaient.
A Johannesburg, capitale économique du pays, commerçants et habitants examinaient les débris et ordures afin d'évaluer les dégâts et ce qu'il restait de leurs biens.
Un mouvement de contestation a éclaté après l'incarcération la semaine dernière de l'ancien président Jacob Zuma, condamné à 15 mois de prison pour outrage à la justice après avoir refusé de comparaître devant une commission anti-corruption en février dernier.
Cette contestation a rapidement basculé dans la violence, avec des pillages et incendies, sur fond de colère sur la situation économique et les inégalités dans le pays que trois décennies de démocratie depuis la fin de l'apartheid n'ont pas corrigées.
L'armée a appelé ses réservistes pour soutenir des forces de sécurité dépassées par les événements.
Selon les services du président Cyril Ramaphosa, le nombre de soldats a été doublé, pour être porté à 10.000, alors que la ministre de la Défense, Nosiviwe Mapisa-Nqakula, avait annoncé mercredi que 25.000 soldats devraient être déployés.
Dans la province du KwaZulu-Natal, fief de Jacob Zuma, les violences ont désormais fait 91 morts, selon les autorités. Dans celle du Gauteng, où se situe Johannesburg, le bilan reste de 26 morts. Plus de 2.200 arrestations ont par ailleurs été effectuées.
"Nous devrions être préoccupés par la nature des violences que nous avons vues, la nature de la criminalité", a déclaré la ministre des Affaires étrangères, Naledi Pandor, dans un enregistrement audio diffusé par ses services.
"L'économie sud-africaine commençait à peine à se remettre des pires effets de la pandémie. Cela va effacer davantage notre croissance économique", a-t-elle ajouté.
Dans certains quartiers, comme à Durban, des groupes de "justiciers" se sont formés afin de protéger les habitations et commerces, alors que les troubles semblent avoir aussi ravivé les tensions raciales héritées de l'apartheid.
Les pillages se sont poursuivis jeudi dans la ville bordant l'océan Indien, un journaliste de Reuters ayant constaté que des habitants du quartier de Mobeni poussaient des chariots remplis de farine de maïs et d'autres produits de base.
(Reportage Siyabong Sishi à Durban, Wendell Roelf au Cap, Shafiek Tassiem, Siphiwe Sibeko et Tim Cocks à Johannesbourg, rédigé par Tim Cocks; version française Laetitia Volga et Jean Terzian, édité par Jean-Stéphane Brosse et Bertrand Boucey)